L’émergence de normes sociales en microfinance

Une gouvernance complexe, structurée par des normes

La gouvernance de la microfinance est hétérogène et complexe, articulant différentes échelles, à la fois locale (« micro » finance) et nationale, les Etat encadrant de près les activités financières de détail. Mais il s’agit également d’un champ mondialisé, qui fait intervenir des divers acteurs transnationaux : ONG, agences de coopération, investisseurs, entrepreneurs privés, organismes multilatéraux, etc. En outre, la microfinance a été conçue comme un outil au service du développement tout en restant ancrée dans le secteur marchand, marquant une ambivalence qui brouille des distinctions traditionnellement établies entre le politique et l’économique, le public et le privé, le commercial et le social.

Comme dans d’autres secteurs mondialisés, cette situation d’enchevêtrement d’échelles et d’hybridation bouleverse les modes de gouvernance traditionnels et confère un rôle crucial aux normes. La notion de norme recouvre l’ensemble des règles qui par incitation ou sanction, prescrivent des comportements. Notre travail consiste à étudier l’émergence récente de normes portant sur la dimension sociale de l’activité microfinancière et qui, aux côtés des normes financières déjà bien établies, viennent encadrer les pratiques du secteur.

Prégnance de normes financière communes

Tout d’abord, il convient de reconnaître que la microfinance recouvre une grande diversité d’approches, d’organisations et de pratiques, avec des différences notables en termes de taux d’intérêts, de types de produits financiers, de méthodes d’interventions, de participation des usagers, etc. Néanmoins, malgré son caractère hétérogène, le secteur est cimenté par des normes partagées.

Ces règles ont avant tout été financières, visant à pérenniser les systèmes, favoriser leur croissance et leur autonomie des subventions. Elles ont favorisé un modèle commercial, privilégiant par exemples les organisations en société anonyme par rapport aux ONG et aux coopératives. Elles ont également induit des critères garantissant la solvabilité des institutions, mais limitant leur capacité à desservir les populations les plus vulnérables. Ces standards, promus par des bailleurs de fonds et investisseurs, ont ouvert la voie à certaines dérives où certaines IMF (Institutions de Microfinance) adoptent des pratiques très agressives sans se préoccuper de leurs effets sur les petits emprunteurs.

Risque réputationnel et apparition de normes sociales

Cette tendance a engendré des résistances croissantes. La microfinance a bénéficié de la bienveillance des gouvernements, régulateurs et bailleurs, grâce à une image très positive que plusieurs acteurs se sont attachés à créer et entretenir au travers par exemple de la médiatisation de la Campagne pour le Sommet du Microcrédit, de la Grameen Bank et du Prix Nobel. Mais au même titre que la microfinance avait été placée d’un seul bloc sur un piédestal, les scandales qui éclatent à propos des pratiques de certains opérateurs risquent de mettre en péril la réputation de l’ensemble du secteur. Alors que le monde tremble encore d’une crise déclenchée par des crédits hypothécaires aux américains défavorisés, nombreux ont affiché leur indignation devant les profits considérables réalisés lors de l’entrée en bourse de Compartamos, alors que cette IMF créée à partir de fonds publics appliquait un taux d’intérêt avoisinant les 100 % à ses clients.

Dans un contexte confortant les appels à moraliser la finance, on a ainsi vu monter en puissance des normes qui, par l’injonction, l’interdiction ou l’évaluation, viennent encadrer les pratiques en fonction de considérations sociales. Ainsi, on assiste à un retour en force des études d’impact, avec une prédominance des approches quantitatives, notamment expérimentales, au développement de méthodes de mesure de la pauvreté (proxy means testing) qui permettent d’évaluer le niveau de pauvreté des usagers, à la multiplication des audits et ratings sociaux d’institutions de microfinance, à la diffusion de principes de protection des emprunteurs, à la multiplication des codes éthiques, etc. Signe de cette montée en puissance, la plateforme Mix Market, référence pour la transparence du secteur, publie depuis peu des indicateurs sociaux aux côtés des données financières.

Des normes qui reflètent des conceptions distinctes de la microfinance

Mais au-delà de leur fonction explicite, les normes constituent le support sur lequel se définit une pensée dominante de ce que doit être la microfinance, ainsi que le vecteur par lequel cette vision se diffuse et s’impose. Ainsi, l’analyse des critères sociaux qui se consolident actuellement montre qu’ils répondent à des préoccupations différentes, parfois complémentaires, mais parfois aussi concurrentes. Certaines normes mettent l’accent sur une approche de Responsabilité Sociale des Entreprises qui reste générique et où une IMF, comme n’importe quelle entreprise, prévient les dommages éventuels qu’elle peut causer sur ses salariés, l’environnement, ses clients. D’autres vont plus loin et mettent en avant une mission de développement spécifique à la microfinance : réduction de l’exclusion, amélioration de la situation économique et renforcement des capacités des usagers. La nature des critères mis en avant révèle ainsi la perspective de ceux qui les promeuvent, à savoir si la microfinance a vocation à devenir « un business comme un autre » ou si elle a une vocation sociale particulière.

Des normes qui traduisent des perspectives et intérêts différents

Les normes sont aussi le résultat d’interactions et elles reflètent la vision et les intérêts des acteurs qui les ont portées. Certaines normes ont été conçues à la demande des emprunteurs et épargnants des IMF, en particulier lorsque celles-ci opèrent sous forme coopérative et doivent des comptes à leurs sociétaires. Dans ce cas, les principes mis en avant portent beaucoup moins sur des considérations de pauvreté que de proximité, d’adaptation et de qualité des services, ou encore de participation.

La nature et les mécanismes mis en œuvre ont été souvent bien différents quand ils ont résulté de l’interaction entre l’IMF et ses refinanceurs : fonds d’investissements étrangers, agences de coopération, ou organismes nationaux de refinancement. Dans ces cas, la nature des principes et indicateurs sociaux dépend à la fois du mandat du pourvoyeur de liquidité et du degré de dépendance de l’IMF par rapport à cette source. Suite à une injonction du Congrès américain, USAID par exemple a mis en place un vaste dispositif d’évaluation afin de s’assurer qu’au moins la moitié des usagers des institutions qu’il finance sont au dessous du seuil d’extrême pauvreté. Bien que nombre de partenaires de cette agence questionnent cette démarche et la pertinence du seuil utilisé, l’importance des fonds concessionnels alloués les incite à s’y plier. La plupart des fonds d’investissements en microfinance se sont longtemps contentés du strict minimum, mais la multiplication des reportages critiques du microcrédit poussent les investisseurs dont ils sont dépositaires à s’interroger et à demander davantage de transparence sur l’utilité sociale présumée qui constitue une motivation importante de leurs placements. Dans ce contexte, le rationnement du crédit bancaire accentue la dépendance des IMF par rapport aux fonds d’investissement étrangers et renforce la capacité de ces derniers à imposer des principes de protection des consommateurs ou des indicateurs de transparence.

Plusieurs visions de la régulation du secteur

Enfin, l’instauration de normes met aussi en jeu différents modèles de régulation pour les faire appliquer. Les IMF à l’origine de ces critères sociaux les ont développés dans la perspective d’une mise en œuvre interne, servant à la réflexion stratégique et la transparence envers les usagers, comme par exemple Buusaa Gonofaa en Ethiopie, lauréate du prix européen pour la microfinance socialement responsable en 2008. Néanmoins, ces modalités de mise en œuvre « sur mesure » n’apportent pas nécessairement les garanties de contrôle ou d’étalonnage, généralement requises pour assurer leur comparabilité ou leur fiabilité aux yeux d’acteurs extérieurs. A l’inverse, des contrôles totalement externes ont été mis en place, soit au niveau international, comme le rating, soit au niveau national, par exemple en Bolivie ou en Equateur. Toutefois, ces contrôles, s’ils ont pour vocation première de fournir des garanties fiables à des observateurs extérieurs, manquent souvent d’appropriation par les praticiens et peuvent s’avérer contradictoires par rapport aux contraintes et priorités du terrain. Face à ces dilemmes, on assiste actuellement à la multiplication de mécanismes mixtes qui mêlent auto-évaluation, contrôle par les pairs et vérifications externes ponctuelles. Mis en avant par des associations professionnelles ou des investisseurs éthiques, la crédibilité et l’efficacité restent cependant tributaires de la confiance et de la collaboration entre ces différents acteurs.

Conclusion et perspectives

Au-delà de leur dimension technique, les normes recèlent des implications stratégiques, des intérêts, des visions du monde. L’étude des normes sociales qui apparaissent actuellement en microfinance montre qu’elles cristallisent de nombreuses tensions, entre le caractère commercial du secteur et sa vocation à servir le développement, entre la perspective des usagers des services et celles d’organismes nationaux ou internationaux qui financent les IMF, entre des partisans d’une autorégulation du secteur et les tenants d’une supervision publique.

Néanmoins, ce processus est encore émergeant et l’adoption des normes sociales par les acteurs les plus influents du secteur impliquera encore des négociations et des arbitrages qui remettront peut-être en cause les principes actuels. Les rapports de force internes au secteur vont peser sur cette évolution, mais elle dépendra également des évolutions de l’environnement de la microfinance. En particulier, la médiatisation des critiques à l’encontre du secteur pourrait accélérer certaines tendances et modifier les relations de pouvoir entre les acteurs. D’autre part, l’évolution incertaine de la crise financière pourrait accélérer l’irruption d’investisseurs privés dans le secteur de la microfinance ou au contraire provoquer un tarissement des sources de refinancement, ce qui aurait un impact encore difficile à prévoir sur les préoccupations sociales du secteur. Enfin, les bouleversements que l’on observe concernant la position de l’Etat dans la régulation du secteur financier risque de rejaillir sur les mécanismes en germe pour la microfinance.

Source: BIM préparé par Florent Bedecarrats (GRET/CERISE), qui réalise une thèse sur la gouvernance en microfinance. Il résume un article présenté le 2 juin dernier lors d’une conférence du Centre Européen de Recherche en Microfinance (CERMi) à Bruxelle

La microfinance en Côte d’Ivoire

Historique
La microfinance est née en Côte d’ivoire en 1976 avec la création du Réseau des CREP-COOPEC afin de promouvoir le développement en milieu rural. Avec l’appui de la Banque Mondiale, de l’Agence Française de Développement et de l’Agence Canadienne de Développement qui ont financé sa restructuration en 1994, cette institution s’est élargie pour devenir un puissant réseau de microfinance et a pris le nom de Fédération Nationale des Coopératives d’Epargne et de Crédit de Côte d’Ivoire (FENACOOPEC-CI) et ensuite de Union Nationale des Coopératives d’Epargne et de Crédit de Côte d’Ivoire (UNACOOPEC-CI). D’autres institutions telle que la Mutuelle de Crédit et d’Epargne des Femmes de Bouaflé (MUCREFBO) verront le jour dans les années 1980.

L’ampleur de ce secteur financier sera observé dans l’ensemble des pays de l’UEMOA à la suite de la crise économique des années 80 qui a sinistré le secteur bancaire de la zone, notamment les banques de développement, orientées vers la population rurale. La progression de ce nouveau secteur va attirer l’attention des autorités de l’UEMOA qui, lors de la réforme de 1989, relative à la politique de la monnaie et du crédit, décideront de favoriser les conditions de sa réglementation. Le Programme d’Appui à la Réglementation des Mutuelles d’Epargne et de Crédit (PARMEC) sera mis en oeuvre par la BCEAO à cet effet.

En Côte d’Ivoire, ce cadre règlementaire entrera en vigueur à partir de 1996 avec l’adoption de la loi n°96-562 du 22 juillet 1996, portant réglementation des institutions mutualistes ou coopératives d’épargne et de crédit qui dessaisi le Ministère de l’Agriculture de la tutelle des institutions de microfinance pour la confier au Ministère chargé des Finances.
D’autres textes juridiques viendront ensuite renforcer ce cadre, notamment :

- Le décret n°97-37 du 22 janvier 1997 portant application de la loi 96-562 du 22 juillet 1996 ;
- La convention cadre adoptée le 3 juillet 1996 par le conseil des Ministres de l’UMOA ;
- Les instructions de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest élaborées en mars 1998.
L’institutionnalisation de la microfinance par ce cadre réglementaire va favoriser l’émergence des institutions de microfinance en Côte d’Ivoire.

Situation actuelle du secteur.

Les IMF ont connu au cours des dix dernières années une évolution assez remarquable du nombre de guichets ouverts. A fin 2006, la Côte d’Ivoire comptait 91 institutions de microfinance pour 210 caisses de base légalement constituées. Plus de 900 000 personnes bénéficient des services offerts par ce secteur contre moins de 60 000 en 1995. En outre, le montant de l’épargne mobilisé se chiffre à 72,8 milliards de FCFA et l’encours de crédit à la clientèle s’élève à 31,2 milliards FCFA.

Le secteur comprend des structures organisées en réseau et de nombreuses institutions isolées non constituées en réseaux. La configuration du secteur se présente comme suit :
- Un très grand réseau mutualiste qui occupe plus de 80% du marché : l’UNACOOPEC-CI ;
- des structures de taille moyenne organisées en Réseau :

  • le Réseau des Caisses Mutuelles d’Epargne et de Crédit (RCMEC) ;
  • le Fonds Local d’Epargne et de Crédit (FLEC),
  • la Coopérative Financière de la Communauté Chrétienne (CFCC) ;
  • la Mutuelle d’action Sociale (MUTAS) ;
  • la Caisse Ivoirienne d’épargne et de Crédit Agricole (CICA) ;

- des structures mutualistes disposants de nombreuses agences mais non organisées en réseau

  • la Mutuelle de Crédit et d’Epargne des Femmes d’Aboisso (MUCREFAB) ;
  • la Mutuelle de Crédit et d’Epargne des Femmes de Bouaflé (MUCREFBO) ;

- deux institutions conventionnées :

  • ACCESS FINANCE ;
  • le Fonds Ivoirien pour le Développement de la Retraite Active (FIDRA) ;

- de nombreuses structures isolées de petite taille (plus de 70).

Encadrement du secteur

La supervision et la surveillance du secteur sont assurées par le Ministère de l’Economie des Finances qui est le Ministère de tutelle et par la BCEAO. La Tutelle dispose de deux organes chargé de la microfinance : la Commission Nationale pour la Microfinance (CNM) et la Direction de la Microfinance.

La CNM a été créée en 2002 dans un contexte marqué par la dégradation des performances du secteur afin de garantir la viabilité des institutions de microfinance et de permettre leur insertion progressive dans le secteur financier moderne: Cette commission a pour mission :
- l’examen de tous les rapports ou études relatifs au secteur ;
- l’audition des dirigeants des institutions de microfinance ;
- l’examen les dossiers de demande d’autorisation d’exercer ;
- le suivi de la mise en œuvre de la politique du Gouvernement en matière de développement du secteur de la microfinance.

La BCEAO vient en appui au Ministère chargé des Finances dans l’encadrement et la surveillance du secteur de la microfinance. Elle a en charge l’élaboration et le suivi de la réglementation relative aux systèmes de financements décentralisés dans les pays de l’UMOA.

Les acteurs du secteur ont crée en 1998 une association dénommée Association Interprofessionnelle des Systèmes Financiers Décentralisés de Côte d’Ivoire (AISFD-CI) composée d’une trentaine de membres. C’est une institution de promotion du secteur de la microfinance qui sert d’interface entre les institutions de microfinance en Côte d’Ivoire et tous les partenaires (Tutelle, BCEAO, Organismes internationaux, etc).

Source: Site du ministère de l’économie et des finances de Côte d’Ivoire

Qu’est ce que la microfinance?

1. Qu’est-ce que la microfinance ? 

Pour beaucoup de personnes et pour le grand public en particulier, la microfinance se confond avec le microcrédit. Elle désigne les dispositifs permettant d’offrir de très petits crédits (« microcrédit ») à des familles très pauvres pour les aider à conduire des activités productives ou génératrices de revenus leur permettant ainsi de développer leurs très petites entreprises.
Avec le temps et le développement de ce secteur particulier de la finance partout dans le monde, y compris dans les pays développés, la microfinance s’est élargie pour inclure désormais une gamme de services plus large (crédit, épargne, assurance, transfert d’argent etc.) et une clientèle plus étendue également. Dans ce sens, la microfinance ne se limite plus aujourd’hui à l’octroi de microcrédit aux pauvres mais bien à la fourniture d’un ensemble de produits financiers à tous ceux qui sont exclus du système financier classique ou formel. 2. Quelles sont les différentes formes d’institutions de microfinance ?
  •  Le premier, d’inspiration plus coopératif, a cherché à mettre en place ou à renforcer des organisations populaires où les micro entrepreneurs étaient à la fois épargnants et emprunteurs du système. Sa spécificité est de vouloir construire des institutions à partir de leurs bénéficiaires, c’est en cela qu’on y retrouve un côté coopératif plus affirmé.
  • Le second, illustré notamment par la BRI en Indonésie, a consisté à transformer une banque existante (ou dans le cas de la BRI une partie de cette banque) de manière à la spécialiser en direction des micro entrepreneurs.
  • Le troisième a mis sur pied des ONGs ayant pour vocation de réaliser elles-mêmes l’intermédiation financière. On a ainsi vu la création d’ONG de microfinancement qui, après s’être procuré des fonds, soit au travers de donations soit au travers d’emprunts, octroyaient elles-mêmes des crédits aux micro-entrepreneurs. Dans ce dernier cas, l’accent a surtout été mis sur l’octroi de crédit, la collecte de l’épargne étant généralement interdite aux ONGs.

    Parallèlement, on doit souligner que depuis une dizaine d’années à peine, il existe aussi des cas de banques privées à vocation commerciale qui pour des raisons de stratégie propre, se sont orientées vers la microfinance. 

3. Qu’y a-t-il de “fondamentalement nouveau avec le microcrédit” ?

Pour Maria Nowak, fondatrice de l’Association pour le droit à l’initiative économique (France), “la différence principale, par rapport au crédit classique, est qu’il est orienté sur une cible nouvelle : les pauvres et les exclus. Il reconnaît leurs talents, leurs besoins et leur capacité à rembourser les prêts. Au lieu de les éliminer, par avance, de la clientèle du crédit parce que les méthodes, les critères et les garanties ne sont pas adaptés à leur situation, il invente des méthodes et des garanties qui leur conviennent. Au lieu de leur imposer l’objet de leur prêt, ( ) il est à l’écoute de leurs besoins. Il permet ainsi de découvrir que les gens exclus du crédit bancaire sont, comme les autres, dotés de l’esprit d’entreprise, de la capacité de jugement et qu’au surplus, ils remboursent plutôt mieux que les riches.” Microcrédit comme microfinance s’adressent à cette cible nouvelle. Mais l’un et l’autre ne proposent pas les mêmes services.

 4. Quand la microfinance a-t-elle démarré ?

Le microcrédit a pris véritablement son essor dans les années 1980, bien que les premières expérimentations remontent au début des années 1970 au Bangladesh en particulier et dans quelques autres pays. Par rapport à la situation antérieure qui se caractérisait grosso modo par l’octroi de crédits subventionnés effectués le plus souvent par des non spécialistes, la différence tient à l’importance accordée au remboursement, à la fixation d’un taux d’intérêt couvrant le coût de la prestation du crédit, et au ciblage de groupes de clients n’ayant le plus souvent pour seule autre source de crédit que le secteur informel. L’accent est donc mis aujourd’hui sur la création d’institutions locales pérennes destinées à servir les pauvres. En Afrique, les pratiques de la microfinance sont encore plus anciennes, surtout celles qui relèvent de la collecte de la petite épargne. Dans des pays comme le Burkina Faso ou le Cameroun par exemple, les premières coopératives d’épargne et de crédit ont vu le jour au cours des années 60.

5. Qui sont les clients de la microfinance ?

Le client type des services de microfinance est une personne dont les revenus sont faibles et qui n’a pas accès aux institutions financières formelles faute de pouvoir remplir les conditions exigées par ces institutions (documents d’identification, garanties, dépôt minimum etc.). Il mène généralement une petite activité génératrice de revenus dans le cadre d’une petite entreprise familiale.

  • Dans les zones rurales, ce sont souvent de petits paysans ou des personnes possédant une petite activité de transformation alimentaire ou un petit commerce.
  • Dans les zones urbaines, la clientèle est plus diversifiée : petits commerçants, prestataires de services, artisans, vendeurs de rue, etc.

On les dénomme généralement sous le terme de micro-entrepreneur et la plupart de ces micro-entrepreneurs travaillent dans le secteur informel ou non structuré. C’est donc aux individus qui composent ce segment de marché exclu ou mal servi par les institutions financières classiques (banques, assurances) que s’adresse la microfinance. 6. En quoi la microfinance aide-t-elle les pauvres ?

L’expérience montre que la microfinance peut aider les pauvres à :

  • augmenter leur revenu,
  • créer des entreprises viables,
  • sortir ainsi de la pauvreté.

Elle peut également constituer un puissant instrument d’émancipation en permettant aux pauvres, et en particulier aux femmes, de devenir des agents économiques du changement. En effet, en donnant accès à des services financiers, la microfinance joue un rôle important dans la lutte contre les nombreuses dimensions de la pauvreté. Par exemple, les revenus générés par une activité non seulement permettent à cette activité à se développer mais ils contribuent également au revenu du ménage, et par là même à la sécurité alimentaire, à l’éducation des enfants, à la prise en charge des soins de santé etc.Selon Michel Lelart (CNRS-Université d’Orléans), membre du Réseau Entrepreneuriat de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) : “La microfinance repose sur le lien social et s’en sert”…..”La microfinance est une finance de proximité, proximité géographique bien sûr, car les personnes se connaissent et se cautionnent parfois mutuellement, mais surtout culturelle. Elle est toujours adaptée aux besoins, c’est pourquoi elle innove en permanence : ce sont des services d’assurance ( ), ce sont aussi les services de transferts de fonds utilisés par les migrants”.

7. Quand la microfinance n’est-elle pas un instrument approprié ?

C’est surtout au niveau du crédit que la microfinance montre ses limites. En effet, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, le microcrédit, comme tout crédit d’ailleurs, doit être remboursé. Il nécessite donc au niveau de l’emprunteur une bonne capacité de remboursement, aptitude qui bien entendu s’amoindrit si la personne est très pauvre, sans revenus fiables pour lui permettre de rembourser un prêt. Octroyer un prêt à de tels individus risque plutôt d’aggraver leur situation d’endettement et de pauvreté.

Souvent les gouvernements et les agences de coopération souhaitent utiliser la microfinance comme un outil de résolution de divers problèmes sociaux. Victimes d’inondations ou d’autres catastrophes naturelles, réfugiés fuyant les conflits, nouveaux diplômés de la formation professionnelle, chômeurs, autant de types d’individus se trouvant dans une situation de précarité que les gouvernements sont tentés de vouloir aider par le microcrédit depuis que celui-ci a été « vendu » comme un excellent outil de réduction de la pauvreté. Les programmes de microcrédit conçus pour ce type de situation fonctionnent cependant rarement. Ils enregistrent le plus souvent des taux d’impayés ou de non remboursement très élevés.
L’utilisation dirigée de la microfinance pour résoudre des défis de développement dans des situations où la base de la subsistance des populations est détruite ou très précaire a rarement été un succès.

Le microcrédit se révèle par contre le plus utile pour ceux qui ont identifié une opportunité économique et qui sont en situation de faire fructifier cette opportunité s’ils ont la possibilité de se procurer une petite somme d’argent au moment où ils en ont besoin.
Ainsi, les personnes pauvres qui travaillent dans des économies stables ou en croissance, qui ont démontré leur capacité à conduire les activités proposées dans un esprit d’entreprise et leur engagement à rembourser leurs dettes, sont les meilleurs candidats pour le microcrédit.

L’univers des clients potentiels s’élargit cependant de manière exponentielle si l’on prend en compte le concept plus large de la « microfinance ». Par exemple, au niveau de l’épargne ou de la sécurisation des petites économies, il est encore difficile aujourd’hui dans beaucoup de pays d’ouvrir un simple compte dans une institution bancaire faute de remplir toutes les conditions exigées (carte d’identité, dépôt minimum qui est souvent un maximum pour les populations pauvres etc.). De plus, les banques n’ont bien souvent de guichets ou d’agences que dans les capitales ou les villes secondaires importantes, ce qui donc exclut directement une bonne partie de la population.

8. Pourquoi les IMF appliquent-elles des taux d’intérêt si élevés à leur clientèle ?

Fournir des services financiers à des personnes à revenus modestes revient cher, particulièrement en proportion des montants des transactions concernées. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons pour lesquelles les banques n’octroient pas de petits prêts.
Un prêt de 100€, par exemple, exige pour son traitement le même personnel et les mêmes ressources qu’un prêt de 10.000 €, ce qui augmente considérablement le coût par unité de transaction.

En microfinance, les agents de crédit doivent en effet rendre visite au client à son domicile ou sur son lieu de travail, évaluer sa solvabilité sur la base d’entretiens avec la famille, le voisinage, et une fois le prêt accordé, effectuer un suivi rapproché et fréquent par le biais de visites pour renforcer la culture de remboursement.
Les coûts de gestion d’une multitude de petits prêts sont donc très importants, ce qui oblige les institutions à appliquer un taux d’intérêt généralement plus élevé que celui du secteur bancaire.

L’expérience prouve aussi que les clients sont prêts à payer des taux d’intérêt assez élevés pour s’assurer un accès permanent au crédit. En effet généralement, le retour sur les investissements réalisés grâce au capital obtenu peut s’avérer bien supérieur au taux d’intérêt du crédit. Ils reconnaissent aussi que les alternatives – faire appel par exemple aux prêteurs sur gages, aux usuriers du secteur financier informel – ou l’absence de toute source de crédit sont beaucoup plus pénalisants pour eux. A titre d’exemple, les taux d’intérêt dans le secteur informel peuvent atteindre 20 % par jour pour certains vendeurs sur le marché.

9. Les pauvres ne sont-ils pas trop pauvres pour épargner ?

Les pauvres épargnent en permanence, même si cette épargne prend des formes moins « courantes » que l’argent :

  • bijoux en or,
  • animaux domestiques,
  • matériaux de construction, etc.

Après tout, ils font face comme nous tous aux mêmes évènements imprévus ou récurrents qui nécessitent une somme d’argent urgente :

  • maladie,
  • frais de scolarité,
  • agrandissement de l’habitat,
  • enterrement, etc.

Certains de ces moyens d’épargne informels posent cependant problème. Il est en effet difficile de vendre par exemple un bœuf ou un zébu lorsque le ménage a soudain besoin d’une petite somme d’argent. Ou encore, si la femme a prêté son épargne à un membre de sa famille afin de la mettre à l’abri du vol (car la seule autre alternative est de la conserver sous son matelas), cet argent ne sera pas forcément disponible au moment où elle en aura besoin.
Les pauvres ont donc besoin d’une épargne qui soit à la fois sûre et liquide. Ils tiennent moins compte du taux de rémunération de leur épargne, car ils ne sont pas habitués à placer leur épargne dans des instruments financiers, mais accordent en revanche une grande valeur aux mécanismes leur assurant une épargne disponible en cas d’urgence ou d’opportunité d’acquisition de biens.Ces services d’épargne doivent être adaptés pour répondre à la demande particulière des pauvres et à leur cycle de trésorerie. Le plus souvent, les pauvres ne souffrent pas seulement de la faiblesse de leurs revenus mais aussi de leur irrégularité.
Ainsi, pour optimiser l’épargne des pauvres, les institutions doivent proposer des dispositifs souples, à la fois en terme de montants déposés et de fréquence des dépôts et retraits. Pour les pauvres, le besoin d’épargne est tout aussi important que le besoin de crédit.

10. Qu’est-ce qu’une institution de microfinance (IMF) ?

En termes simples, une institution de microfinance est une organisation qui offre des services financiers à des personnes à revenus modestes qui n’ont pas accès ou difficilement accès au secteur financier formel.
Au sein du secteur, le terme institution de microfinance renvoie aujourd’hui à une grande variété d’organisations, diverses par leur taille, leur degré de structuration et leur statut juridique (ONG, association, mutuelle/coopérative d’épargne et de crédit, société anonyme, banque, établissement financier etc.).

Selon les pays, ces institutions sont réglementées ou non, supervisées ou non par les autorités monétaires ou d’autres entités, peuvent ou ne peuvent pas collecter l’épargne de leur clientèle et celle du grand public.
L’image que l’on se fait le plus souvent d’une IMF est celle d’une ONG « financière », une organisation totalement et presque exclusivement dédiée à l’offre de services financiers de proximité qui vise à assurer l’auto promotion économique et sociale des populations à faibles revenus.

11. La microfinance est-elle une activité rentable ?

Oui. Contrairement aux idées reçues, certains investisseurs commerciaux considèrent aujourd’hui que la microfinance présente un niveau de risque faible pour un retour sur investissement acceptable.
Bien entendu, cela concerne « le haut du panier » des institutions de microfinance, celles qui sont les plus développées, celles qui sont arrivées à maturité et qui travaillent dans des conditions réelles.

Les rapports de rating et d’évaluation externe de performance de ces institutions attestent en effet des marges de rentabilité dégagées. Certains pensent d’ailleurs qu’il s’agit de la seule trajectoire à suivre si l’on veut avoir une croissance massive du nombre de clients.
D’autres s’inquiètent par contre de ce qu’un souci excessif de la recherche du profit en microfinance pousse les IMF à changer leur segment cible de clients et à servir une clientèle plus aisée capable d’absorber des montants de prêt plus importants.

Dès lors, ces institutions ne rempliraient plus leur mission originale, c’est-à-dire de permettre aux pauvres de sortir de leur situation de précarité. D’où la tendance aujourd’hui de développer également des instruments de mesure des performances sociales de ces institutions en complément de ceux habituellement utilisés pour mesurer leurs performances financières.12.

12- Quel est le rôle des gouvernements pourle développement de la microfinance ?

Jusque récemment, les gouvernements estimaient généralement de leur devoir et de leur responsabilité de prendre une part active au « financement du développement », en conduisant par exemple de vastes programmes de crédit pour les populations défavorisées (rurales en particulier). Ces dispositifs, généralement fort coûteux, ont toutefois rarement démontré une réelle efficacité et il existe très peu d’exemples ou le crédit distribué aux pauvres par l’Etat ou ses démembrements ait été récupéré à un coût relativement acceptable.

Aujourd’hui, la tendance consiste à ne plus intervenir directement mais plutôt à faire appel à des opérateurs spécialisés en microfinance.
Par contre, les gouvernements devraient beaucoup plus s’impliquer en menant par exemple une réflexion globale avec les différents acteurs sur le développement du secteur en général.
Ces réflexions ont généralement pour objet d’aboutir dans les pays où la microfinance est la plus développée à la définition et à l’adoption d’une politique sectorielle.

Une telle politique peut constituer à l’appui à la mise en place :

  • d’associations professionnelles,
  • de centrales de risques,
  • de cercles de réflexion sur le cadre réglementaire et jurisprudentiel.

Source: www.lacrofinance.org

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